31 mars 2008
Beaufort
(Israël, sorti en 2008)
Réalisateur : Joseph Cedar
Genre : Film de guerre
Résumé : Retranché dans un fort du sud Liban datant de l'époque des croisades, une petite garnison de l'armée israélienne attend le signal de la retraite. Sous le feu parfois meurtrier d'un Hezbollah invisible (il n'y a aucune scène de combat), la petite garnison de Beaufort est partagée entre l'ennui d'un quotidien routinier et la peur d'un danger permanent et palpable. Les hommes ne rêvent pas d'exploits guerriers mais dialoguent et se serrent moralement les coudes, pleurant les victimes d'une stratégie purement politique en espérant le retour prochain à une vie civile ordinaire.
Impressions : L'ambition de "Beaufort" est clairement de démontrer que l'être humain, quelles que soient ses convictions et sa force de caractère, n'est aucunement fait pour la guerre. L’unité de lieu, la distance physique de l’ennemi, le manque de repères temporels, le peu d’information provenant du monde extérieur et l’absence de parti pris idéologique contribuent à instaurer une ambiance factuelle, singulière et immersive.
Personnages : La principale réussite de "Beaufort" réside dans le regard sensible et non manichéen porté sur des soldats qui affrontent les événements avec leurs forces et leurs faiblesses et auxquels on s’identifie facilement. C’est particulièrement le cas du jeune officier qui commande la garnison, porté et écrasé par des responsabilités qu’il assume pourtant avec un remarquable sang froid.
Considérations artistiques : La photographie est belle en ce sens qu'elle est bien adaptée au sujet. La colorimétrie est terne, l'image granuleuse et l'exposition parfois très contrastée.
Mise en scène : Les cadrages sont réussis, le plus souvent serrés sur les visages (un peu trop systématiquement peut-être), sachant exploiter de temps en temps les perspectives d'un décor qui évoque les tranchées de 14-18 ou les coursives d'un sous-marin.
Note subjective : 7 / 10
24 mars 2008
Infernal affairs 3
(Hong-Kong, sorti en 2003)
Réalisateur : Andrew Lau et Alan Mak
Genre : Policier
Résumé : Blanchi à l'issue d'une enquête sur le meurtre d'un flic dont il fut le principal témoin, un policier ex-agent de la mafia réintègre le service actif après une longue période de mise à l'écart. Bien vite il soupçonne un de ses collègues aux méthodes brutales d'être lui aussi une taupe et craint d'être démasqué. Renouant avec les fantômes du passé, il sombre peu à peu dans la schizophrénie et la paranoïa.
Impressions : L'ambiance est tendue jusqu'à verser dans la paranoïa, mais cette suite, trop alambiquée, piétine.
Scénario : Trop ambitieux, le scénario est brouillon et peu intéressant, voulant à tout prix développer une nouvelle histoire (toujours dans la même veine) tout en cultivant un lien fort avec les opus précédents auxquels il prétend apporter une nouvelle substance. De plus, le film peine à conclure au travers d'un épilogue qui n'en finit pas.
Personnages : "Infernal affairs 3" se penche plus que jamais sur la psychologie des personnages, explorant les voies de la culpabilité et des troubles de la personnalité. Mais les nouveaux personnages sont peu intéressants comparés à ceux que l'on a croisé dans les épisodes précédents et les connexions entre eux sont trop artificielles.
Mise en scène : Le montage est complexe renvoyant sans cesse aux deux opus précédents ou à d'autres événements passés. C'est parfois difficile à suivre.
Références cinématographiques : Dans la trilogie des "Infernal affairs", ce 3ème volet est sans conteste le moins intéressant. Autre article concernant les mêmes cinéastes : "Infernal affairs 2".
Note subjective : 4 / 10
Infernal affairs 2
(Hong-Kong, sorti en 2003)
Réalisateur : Andrew Lau et Alan Mak
Genre : Policier
Résumé : Rejetant le milieu du crime, le fils d'un caïd de Hong Kong décide d'entrer dans la police. Au terme de sa formation, il est recruté par un officier et accepte d'infiltrer la famille dont il est issu. Parallèlement, le lieutenant d'un puissant parrain du milieu charge de jeunes voyous d'infiltrer les services de police. Mais les temps sont troublés car une guerre intestine pour le pouvoir s'installe au cœur même de la mafia.
Impressions : Précédant chronologiquement "Infernal affairs", ce second volet s'intéresse davantage aux mœurs violentes du milieu, constituant une préquelle réussie qui enrichit l'histoire. L'ambiance tendue reste de rigueur.
Scénario : Le scénario est dense et riche en rebondissements et ne fait toujours pas de cadeau (ça n'est toujours pas du Disney).
Personnages : Cette préquelle fait à nouveau la part belle à la psychologie des personnages, s'intéressant plus particulièrement aux relations que chacune des taupes entretient avec son mentor et son milieu. En ce qui concerne le jeune mafieux infiltré, le raccord avec "Infernal affairs" est très convaincant, notamment sur le plan psychologique. En revanche, bien qu'intéressant, le passé du flic infiltré manque de crédibilité et semble tomber de nulle part, ne collant guère avec le personnage tel qu'il apparaît dans le premier volet.
Considérations artistiques : La photographie, superbe, se situe un cran au dessus du volet précédent.
Références cinématographiques : Le scénario et l'ambiance de "Infernal affairs 2" sont assez proches de ceux de l'excellent diptyque "Election" & "Election 2" de Johnnie To. Autre article concernant les mêmes cinéastes : "Infernal Affairs 3".
Note subjective : 7 / 10
Infernal affairs
(Hong-Kong, sorti en 2002)
Réalisateur : Andrew Lau et Alan Mak
Genre : Policier
Résumé : Après l'échec d'une opération de flagrant délit montée par la police de Hong Kong contre un parrain de la pègre, chacun des deux camps réalise qu'il a été infiltré par un agent de l'autre bord. Les deux taupes sont alors chargées de se démasquer mutuellement et s'engagent dans une course contre la montre, craignant d'être découvertes par leur hiérarchie ou par leur adversaire.
Impressions : Le suspense est réussi, intense et permanent.
Scénario : L'histoire est intéressante, évitant de sombrer dans le manichéisme et jouant avec le caractère à la fois paranoïaque et schizophrène de la situation (le voyou veut demeurer flic et le flic fait une crise identitaire). La conclusion est abrupte et sans concession, rappelant que l'on n'est ni dans un jeu de rôle, ni chez Disney.
Personnages : La psychologie des protagonistes constitue l'un des principaux attraits du film qui s'apparente à une véritable réflexion sur la fragilité et l'ambiguïté de la personnalité.
Mise en scène : Le montage est élaboré et contribue à donner du rythme au récit.
Références cinématographiques : "Infernal affairs" a donné lieu à un excellent remake, "Les infiltrés" réalisé par Martin Scorcese, mais également à deux suites du même duo de cinéastes, "Infernal affairs 2" qui le précède chronologiquement et "Infernal affairs 3" qui conclut la trilogie.
Note subjective : 7 / 10
Le jour d'après
(Etats-Unis, sorti en 2004)
Réalisateur : Roland Emmerich
Genre : Film catastrophe
Résumé : Alors que le monde est frappé par une succession de catastrophes climatiques sans précédent, un chercheur en climatologie découvre qu'il s'agit de signes annonciateurs d'un bouleversement climatique majeur marquant le début d'une nouvelle ère glaciaire dans l'hémisphère nord. Malheureusement quand les autorités prennent enfin conscience de la gravité et de l'ampleur des changements il est déjà trop tard.
Impressions : "Le jour d'après" est une fable écologiste grandiose qui donne froid dans le dos. Le film met habilement en perspective le cataclysme à l'échelle planétaire et la dimension humaine du drame, passant par exemple d'une vue satellite globale à l'aventure des naufragés du climat tâchant de survivre dans un environnement hostile et transfiguré par la tourmente. Néanmoins, l'approche du sujet reste superficielle et l'on se situe clairement dans le domaine du film à grand spectacle peu regardant sur la vraisemblance scientifique des faits.
Considérations artistiques : Les effets spéciaux sont incroyablement réalistes et les séquences catastrophiques rendent compte de manière impressionnante de la puissance inexorable et destructrice des éléments.
Mise en scène : La mise en scène et le montage, à défaut d'être audacieux, sont plutôt efficaces.
Références cinématographiques : "Le jour d'après" est probablement le film le plus abouti du réalisateur, par ailleurs auteur du plaisant "Godzilla" du moyen "Stargate" et du médiocre "Independance day".
Note subjective : 8 / 10
17 mars 2008
Soyez sympas, rembobinez
(Etats-Unis, sorti en 2008)
Réalisateur : Michel Gondry
Genre : Comédie
Résumé : Ayant effacé par accident toutes les VHS d'un petit vidéoclub de quartier, deux amis entreprennent dans l'urgence de tourner les remakes des films que leur réclame la clientèle. Contre toute attente leur initiative rencontre le succès, et la fréquentation du petit commerce remonte en flèche.
Impressions : Ode nostalgique au cinéma populaire, "Soyez sympas, rembobinez" rend hommage au cinéma pionnier de Georges Melies mais également au cinéma improbable d'Ed Wood, posant un regard amusé et bienveillant sur la vague actuelle des films de fans, et l'on sourit autant de la naïveté sympathique des protagonistes que de la reconstitution de certaines scènes de cinéma plus ou moins célèbres. Néanmoins, cette déclaration d'amour au cinéma artisanal et imaginatif manque singulièrement de substance. Au regard de la durée du film, l'introduction est longue, pesante et assez ennuyeuse, et la suite verse un peu trop dans le mélo mielleux typique d'un certain cinéma américain à la Disney. En résumé, il n'est pas indispensable de rembobiner...
Interprétation : Le jeu de Jack Black qui en fait des tonnes dans la fanfaronnade devient vite très pénible.
Mise en scène : La mise en scène est plutôt paresseuse et si le "tournage" de certains remakes prête à sourire, d'autres séquences du même genre laissent complètement de marbre.
Références cinématographiques : Si "Soyez sympas, rembobinez" témoigne une fois de plus de l'inventivité technique de Michel Gondry, on regrette cependant de ne pas y retrouver toute la créativité narrative, le sens poétique et la rigueur de mise en scène dont le cinéaste avait su faire preuve dans "Eternal sunshine of the spotless mind" ou "La science des rêves".
Note subjective : 3 / 10
12 mars 2008
There will be blood
(Etats-Unis, sorti en 2008)
Réalisateur : Paul Thomas Anderson
Genre : Chronique dramatique
Résumé : Début du 20ème siècle. Persuadé qu'il a sous les pieds un gisement pétrolifère très important, un pétrolier indépendant s'installe dans une petite communauté rurale et pauvre de Californie dont il rachète les terres et obtient la concession exclusive, promettant développement et prospérité. Seul un jeune prêcheur local, dont les sermons exaltés hypnotisent la population, tente de lui opposer un contre-pouvoir.
Impressions : A la fois chronique d'une ascension sociale dans un univers très libéral, illustration de l'emprise de la religion sur la société américaine, et portrait d'un arriviste misanthrope, "There will be blood" est un film à la trame complexe sur lequel souffle un esprit pionnier empreint d'une violence sourde (rappelant certains westerns). La reconstitution de l'époque, du milieu et des péripéties de la prospection pétrolière est une vraie réussite, mais le résultat est au final très inégal (n'est pas Martin Scorcese qui veut).
Interprétation : Campant un homme rustre, roublard, misanthrope et obstiné qui semble privé de toute attache, de véritable désir et même d'âme, Daniel Day-Lewis livre une composition étonnante.
Mise en scène : Paul Thomas Anderson met en scène l'épopée de la prospection puis de l'extraction pétrolière avec un grand soucis du détail, lui conférant un vrai parfum d'authenticité. Les cadrages sont superbes, mettant en exergue l'âpreté des existences, le travail des bâtisseurs, et leur foi en ces lendemains meilleurs que leur promet le rêve américain, la narration ne craignant pas de se passer de tout dialogue quand l'image se suffit à elle-même. Malheureusement, le réalisateur échoue à effectuer la transition entre la grande épopée et le drame psychologique lorsqu'il se met en devoir de percer le caractère énigmatique de son personnage. Les relations entre les protagonistes tournent alors à la caricature, de même que leurs comportements. La narration perd de sa cohérence et la mise en scène bascule dans l'outrance, exacerbant l'expression des sentiments plus que de raison, en net décalage avec la gravité et la sobriété dont elle avait su faire montre jusqu'alors, donnant l'impression que le vernis du cinéaste a fini par craquer. A ce titre, la conclusion de "There will be blood", bien que magnifiquement mise en scène sur un plan technique et esthétique, est symptomatique de cette désolante impression de dérapage et de vanité.
Références cinématographiques : Dans une certaine mesure je retrouve dans "There will be blood" les qualités et les défauts que j'avais relevés dans "Magnolia" du même réalisateur, avec notamment une tendance à l'excès dans la manière de mettre en scène les passions et les sentiments humains.
Note subjective : 6 / 10 (la moyenne entre 9 et 3, c'est à dire du grand cinéma décevant)
03 mars 2008
Bug
(Etats-Unis, sorti en 2007)
Réalisateur : William Friedkin
Genre : Fantastique
Résumé : Une femme en crise qui vit dans un petit motel recueille chez elle un marginal rencontré dans le bar où elle travaille. Chacun cherchant le réconfort de l'autre, ils deviennent amants mais leur idylle est bientôt perturbée par l'apparition puis l'invasion de minuscules insectes invisibles.
Impressions : "Bug" illustre à merveille ce qui peut advenir quand deux êtres psychologiquement fragiles se rencontrent et s'entraînent mutuellement dans une spirale de folie destructrice. Sans aucun artifice, la démonstration est implacable et effrayante, la séquence finale étant particulièrement impressionnante. Psychologiquement marquant, le film n'est résolument pas pour tout public.
Interprétation : La réussite de "Bug" repose beaucoup sur l'excellence de ses interprètes.
Mise en scène : La mise en scène, minimaliste et quasiment sans effets spéciaux, privilégie l'objectivité, montrant les personnages tels qu'ils sont et non tels qu'ils se voient, l'essentiel de la narration passant au travers des dialogues.
Références cinématographiques : "Bug" est une nouvelle démonstration du savoir faire de William Friedkin quand il explore les zones d'ombre de l'esprit humain, à ranger parmi ses meilleures réalisations depuis "L'exorciste" ou "Police fédérale Los Angeles".
Note subjective : 7 / 10
Silverado
(Etats-Unis, sorti en 1985)
Réalisateur : Lawrence Kasdan
Genre : Western
Résumé : Après plusieurs années de détention et d'exil, un cow-boy revient dans la petite ville de Silverado où il a jadis abattu un éleveur. Le fils de ce dernier est désormais à la tête d'un vaste ranch et tient la ville d'une main de fer avec la complicité du shérif, un ancien hors-la-loi violent et cupide. Bafouant toute loi, ses hommes de main terrorisent et spolient les nouveaux colons venus s'installer sur des terres octroyées par le gouvernement dans le voisinage du ranch. La tension monte rapidement et une coalition amicale s'organise pour lutter contre ces violences et réclamer justice.
Impressions : Du grand divertissement. Un régal qui ne se dément pas du début à la fin.
Scénario : En dépit de son caractère très manichéen, le scénario impressionne par sa densité. Riche en péripéties et en rebondissements, l'aventure a du souffle et multiplie les morceaux de bravoure, jouant sur une large gamme d'émotions.
Personnages : "Silverado" met en scène un nombre incroyable d'archétypes du genre sans jamais donner l'impression de verser dans l'excès.
Interprétation : Le casting est plus que réjouissant.
Considérations artistiques : Comme il se doit, le film offre de belles prises de vue sur les vastes paysages de l'ouest américain.
Mise en scène : La narration est redoutablement efficace permettant à tous les protagonistes de tirer progressivement leur épingle du jeu. Une telle précision dans la construction dramatique est rarissime dans le cinéma de divertissement. Les gunfights sont très réussis.
Références cinématographiques : "Silverado" est un hommage appuyé et réussi aux grands classiques de l'âge d'or du western.
Note subjective : 9 / 10
Shooter tireur d'élite
(Etats-Unis, sorti en 2007)
Réalisateur : Antoine Fuqua
Genre : Action
Résumé : Un tireur d'élite, vétéran des marines, est sollicité par les services secrets pour déjouer une tentative d'assassinat à l'encontre du président des Etats-Unis. En dépit de ses réticences à reprendre du service, il accepte l'offre et se retrouve malgré lui au centre d'un complot militaro-industriel d'ampleur internationale.
Impressions : "Shooter tireur d'élite" offre une action non-stop et bien rythmée qui réserve son lot de rebondissements sans overdose.
Scénario : Le scénario et la plupart des situations sont peu crédibles dans le fond.
Personnages : Le principal intérêt de "Shooter tireur d'élite" réside dans son héros à la fois performant et vulnérable, synthèse improbable de XIII, Rambo et Jason Bourne, auquel Mark Wahlberg apporte une certaine humanité toujours bienvenue dans ce genre de production.
Considérations artistiques : Les décors urbains ou naturels sont variés et la mise en images est soignée.
Références cinématographiques : Sans atteindre la qualité et l'intensité des ténors du genre, ce "Shooter tireur d'élite" est plutôt une bonne surprise et tient la comparaison avec des blockbusters récents comme "Die Hard 4" de Len Wiseman ou "La vengeance dans la peau" de Paul Greengrass.
Note subjective : 6 / 10
