28 janvier 2008
New York 1997
Réalisateur : John Carpenter
Genre : Anticipation
Résumé : A la suite d'un acte terroriste, l'avion du président des Etats-Unis s'écrase sur l'île de Manhattan, reconvertie en une vaste zone pénitentiaire de non droit où sont assignés perpétuellement à résidence des milliers de délinquants. Voulant agir efficacement et rapidement, les autorités passent un marché avec un ancien soldat d'élite devenu criminel qui sera blanchi s'il parvient à extraire le président de la cité.
Ce qui caractérise le film : Une ambiance sombre et cyberpunk très marquée, opposant une société sécuritaire et technocratique à ses bas-fonds régressifs et violents.
Note artistique : La mise en scène de John Carpenter est empreinte de patience et de tension froide. Les effets spéciaux et les décors (la vision de Manhattan ceinte d'un mur de béton de plusieurs mètres de haut...), sobres et réalistes, tiennent encore bien la route. La plupart des scènes se passent de nuit, appuyant le climat sombre du film.
Note filmographique : Remarquable synthèse de nombreux genres cinématographiques (action musclée, violence urbaine, anarchie post-apocalyptique, totalitarisme cyberpunk, et même film de zombies) dont il s’inscrit en précurseur du renouveau à l’aube des années 80, "New York 1997" est l’un des meilleurs films de Carpenter et sans conteste le plus culte d'entre eux.
Points forts : Le point fort de "New York 1997" réside très certainement dans son ambiance froide et pessimiste, renforcée par l'absence d'opposition manichéenne. Les personnages principaux ou secondaires, souvent très typés (ils auraient leur place dans un western spaghetti), ont tous un côté obscur et agissent essentiellement selon leurs propres intérêts ou leurs instincts les plus primaires. Aucun n'incarne un idéal ou l'espoir de lendemains meilleurs. L'impression d'insécurité et de danger est omniprésente et délicieusement inconfortable.
Points faibles : Même si on le lui pardonnera, il n'en est pas moins vrai que John Carpenter s'est laissé aller à quelques facilités comme le taxi providentiel, le revolver à 30 coups (au minimum...), ou le scénario d'évasion peu crédible.
Note subjective : 8 / 10
22 janvier 2008
Into the wild
Réalisateur : Sean Penn
Genre : Drame social
Résumé : Un jeune homme de 23 ans, brillant et issu d'un milieu aisé, décide de plaquer famille, société conservatrice et civilisation pour aller vivre son désir de liberté absolue en pleine nature au fin fond de l'Alaska.
Ce qui caractérise le film : Une magnifique quête de sens, de liberté et de vérité, envoûtante et désenchantée. Un très grand film dont le maître mot est l’équilibre.
Note artistique : Sean Penn a opté pour une mise en scène élaborée aux images soignées sans toutefois systématiser cet esthétisme. La bande originale, en partie écrite et interprétée par le chanteur du groupe Pearl Jam accompagne judicieusement l'histoire, les paroles étant souvent sous-titrées.
Note filmographique : Le personnage idéaliste du jeune homme rappelle irrésistiblement l'Ernesto Guevara (futur Che Guevara) du magnifique "Carnets de voyage" de Walter Salles.
Points forts : Au delà de l’histoire qui nous est contée (inspirée de faits réels), "Into the wild" délivre un message humaniste, philosophique et politique, évoquant le nécessaire équilibre qui doit exister entre l’individu et la société, et apporte un certain éclairage sur les enjeux émotionnels qui sous-tendent la relation entre parents et enfants, avec en toile de fond le sombre portrait d'une civilisation américaine matérialiste, intolérante, injuste et violente, gangrenée par le mensonge et la prédominance des apparences. La grande force du film réside dans le remarquable équilibre que Sean Penn est parvenu à créer et à maintenir entre subjectivité (traduisant son évidente admiration pour le personnage) et objectivité, jusqu’à réconcilier les deux approches dans un acte final qui voit le jeune homme tirer lui-même les leçons de son expérience. Le cinéaste ne juge ni ne glorifie, mais décrit avec enthousiasme le parcours d'un homme idéaliste, exalté, ouvert et téméraire sans tomber dans l'apologie d’une utopie embarrassée de naïveté, d’inconscience, et dans une certaine mesure d’égoïsme. La narration en flash-back suit la trame des notes de voyage prises par le jeune fugueur (excellemment interprété), les choix de mise en scène (photographie, cadrage, angles de vue, rythme...) se chargeant de rendre compte, au fil des séquences, de ses sentiments du moment. Le cinéaste contrebalance cette subjectivité en faisant parler les faits (les douloureux incidents de parcours, l’omniprésence de la civilisation, les obstacles matériels, la détresse de la famille, le véritable visage de la nature, rude et hostile…) ainsi que la maturité et l’expérience des personnages de rencontre qui se prennent d’affection pour le voyageur mais ne peuvent partager jusqu’au bout son rêve de fuite et de solitude (renvoyant sans doute à ce qui est le point de vue de Sean Penn lui-même). La manière dont sont évoquées les motivations profondes du personnage, traumatisé par un contexte familial qui lui fait rejeter en bloc son milieu social, et sous l'influence d’œuvres littéraires qui ont forgé sa pensée, témoigne également du juste équilibre qui porte ce très beau film.
Points faibles : Compte tenu du choix narratif de ne pas respecter la chronologie des faits, il faut un certain temps pour entrer complètement dans le film, mais une fois que c’est le cas, l’évasion est totale.
Note subjective : 9 / 10
21 janvier 2008
Hyper tension
Réalisateur : Marc Neveldine
Genre : Action saupoudrée de comédie policière
Résumé : Au réveil, un tueur à gages qui travaille pour une organisation criminelle découvre qu'on lui a injecté une
toxine mortelle. Pour survivre le plus longtemps possible et parvenir à se venger il doit maintenir coûte que coûte son taux d'adrénaline à un niveau élevé.
Ce qui caractérise le film : Un film d'action mineur, pas totalement réussi mais curieux et distrayant.
Note artistique : La mise en scène est nerveuse et syncopée, à la manière souvent vaine et artificielle d'une série américaine branchée. Certains décors et certains plans sortent néanmoins du lot.
Note filmographique : L'idée de base du film s'inspire de celle de "Speed" de Jan de Bont mais "Hyper tension" ne parvient pas à rivaliser avec l'efficacité de ce dernier.
Points forts : Si l'action est banale et sans surprise, le film parvient toutefois à se démarquer par un ton décalé (mais très inégal) qui joue sur une large gamme allant de l'humour le plus vulgaire jusqu'à la poésie désenchantée en passant par une certaine liberté d'esprit. La fin est assez surprenante et plutôt réussie pour le genre.
Points faibles : "Hyper tension" révèle un certain potentiel narratif, malheureusement mal emballé et exploité.
Note subjective : 5 / 10
14 janvier 2008
Le dernier roi d'Ecosse
Réalisateur : Kevin MacDonald
Genre : Thriller dramatique et historique
Résumé : Son diplôme de médecine en poche, un jeune écossais voulant échapper à l'influence écrasante de son père décide d'aller exercer son métier en Ouganda. Il y fait la connaissance du nouveau président Idi Amin Dada et, subjugué par le charisme de ce dernier, accepte de devenir son médecin personnel, son conseiller et son confident. Couvert d'avantages et de présents, il tarde trop à se rendre compte qu'à mesure que le leader politique lui dévoile sa personnalité et les ombres de son pouvoir, il lui confisque la liberté.
Ce qui caractérise le film : La cauchemardesque et éprouvante descente aux enfers d'un homme sous influence.
Note artistique : La réalisation privilégie un certain réalisme tout en restant parfaitement lisible ce qui est appréciable. La reconstitution historique est crédible dans tous ses aspects : manifestations publiques ou médiatiques, arcanes du pouvoir ou vie privée. La séquence finale met en scène une séance de torture difficilement soutenable qui peut heurter les âmes sensibles.
Note filmographique : Par son scénario qui évoque un homme pris au piège d’un système terrifiant et par son atmosphère angoissante, "Le dernier roi d’Ecosse" est le digne héritier de films comme "La déchirure" de Roland Joffé ou "Midnight express" d’Alan Parker.
Points forts : Les deux visages du film, un suspense dramatique dans la forme et le portrait d'un tyran et de son régime dans le fond, sont plutôt réussis. L'ambiance est oppressante et immersive et l'aventure du jeune homme naïf qui tombe peu à peu dans les griffes du mal se suit presque comme une parabole à l'issue évidente. Forest Whitaker compose de manière saisissante un Idi Amin Dada effrayant, instable, paranoïaque et souvent plus (dangereusement) infantile que véritablement machiavélique.
Points faibles : Le film ne présente pas de véritable défaut mais trouve ses limites mêmes dans son parti pris narratif. Ne voulant choisir entre fiction, biographie ou évocation historique, il perd de sa substance et de sa force au moment de conclure.
Note subjective : 6 / 10
Little children
Réalisateur : Todd Field
Genre : Film choral
Résumé : Un jeune père de famille en recherche d'emploi et de reconnaissance sociale fait la rencontre d'une jeune femme dans un square et engage avec elle une relation adultère. Dans le même quartier tranquille, un ancien policier harcèle un homme qui vit chez sa mère après avoir purgé une peine de prison pour atteinte à la pudeur sur des enfants.
Ce qui caractérise le film : Une histoire bicéphale intéressante doublée d'un portrait salé de l’Amérique bien-pensante qui contraste avec une conclusion manquant singulièrement de subtilité.
Note artistique : La photographie et la mise en scène sont très soignées.
Note filmographique : Dans l'esprit, "Little Children" est assez proche de "American Beauty" de Sam Mendes. Dans la forme, il s'apparente plus à un film choral comme "Magnolia" de Paul Thomas Anderson ou "Collision" de Paul Haggis.
Points forts : La presque totalité du film est une réussite, avec des personnages intéressants et deux destins contrastés : un vent de fraîcheur et de liberté souffle sur le premier tandis que le second étouffe sous l'étreinte du passé. L'un semble ainsi triompher des conventions et des préjugés alors que l'autre y succombe.
Points faibles : La conclusion est caricaturale et moraliste, les personnages n'assumant finalement ni leurs choix, ni ce qu'ils sont. Elle découle du principal reproche que j'adresse au genre du film choral en général : la nécessité artificielle de conclure abruptement chaque intrigue et de donner une unité à l'ensemble en créant un lien émotionnellement fort au dernier instant.
Note subjective : 5 / 10
07 janvier 2008
Le renard et l'enfant
Réalisateur : Luc Jacquet
Genre : Conte philosophique
Résumé : En promenade, une petite fille fait la rencontre impromptue d'une renarde. Séduite par ce premier contact, elle décide de revenir chaque jour au même endroit en espérant revoir et apprivoiser l'animal.
Ce qui caractérise le film : Un joli conte servi par des images d'une beauté renversante, à recommander aux petits mais aussi (et sans aucune réserve) aux grands.
Note artistique : "Le renard et l'enfant" n'est pas un documentaire scénarisé. C'est plutôt une fiction qui utilise les techniques du documentaire animalier. Le pays dans lequel s'inscrit cette histoire est parfaitement crédible mais néanmoins imaginaire puisque construit à partir de séquences tournées dans des lieux parfois très différents. L'esthétique du film est remarquablement soignée dans ses moindres détails.
Note filmographique : Par sa forme hybride, "Le renard et l'enfant" se situe quelque part entre "La marche de l'empereur" du même cinéaste et "L'ours" de Jean-Jacques Annaud.
Points forts : Pour qui n'a pas perdu son âme d'enfant et sa capacité d'émerveillement, "Le renard et l'enfant" est un conte limpide, sans mièvrerie et visuellement magnifique. Dans chaque plan d'un paysage, d'un arbre, d'un cours d'eau ou d'un animal, la caméra de Luc Jacquet trouve une occasion de célébrer la beauté de la nature et de la vie jusqu'à parfois la sublimer, se permettant même une incursion dans le fantastique à l'occasion d'un envoûtant tableau nocturne à l'esthétique superbe, digne des plus beaux contes de fées. La jeune actrice qui joue la petite fille est lumineuse et expressive.
Points faibles : Aucun.
Note subjective : 8 / 10
04 janvier 2008
La nuit nous appartient
Réalisateur : James Gray
Genre : Film noir… enfin à moitié
Résumé : Le gérant d’une boîte de nuit à succès, ignorant que son patron fait partie de la pègre, découvre que le neveu de ce dernier, un dangereux dealer, a attenté à la vie de son frère et menace celle de son père, deux policiers reconnus avec lesquels il est en froid. Bouleversé par l’événement et contre l’avis de son père, il décide d’aider la police à coincer le trafiquant en mettant son existence en danger.
Ce qui caractérise le film : Le film se divise en deux parties assez inégales, la première étant très réussie à la manière d’un vrai film noir, la seconde étant hélas plus conventionnelle.
Note artistique : La réalisation est classique dans le bon sens du terme. A noter toutefois une courte mais néanmoins excellente course poursuite automobile à suspense sous des trombes d’eau. La bande son est émaillée de tubes des années 80 plutôt bien choisis.
Note filmographique : J’avoue que j’attendais un peu mieux de ce film ayant davantage apprécié "Little Odessa" du même réalisateur.
Points forts : La première partie du film (jusqu’à la fameuse course poursuite automobile citée plus haut dont je tairai le dénouement) est vraiment excellente. L’ambiance est alors sombre et inquiétante, les événements s’emballant d’eux-mêmes dans une direction dramatique et incontrôlable à la manière d’un film noir. Dans l'ensemble les personnages sont crédibles et échappent aux archétypes du genre.
Points faibles : La seconde partie du film n’est pas mauvaise, mais elle déçoit les promesses de la première et se déroule sans grande surprise jusqu’au "happy end".
Note subjective : 6 / 10
02 janvier 2008
La graine et le mulet
Réalisateur : Abdellatif Kechiche
Genre : Comédie dramatique
Résumé : En désaccord avec les nouvelles méthodes de travail que l'on veut lui imposer, un ouvrier issu de l’immigration et proche de l’âge de la retraite est licencié par la petite entreprise de réparation navale dans laquelle il travaillait depuis plusieurs décennies sur le port de Sète. Convaincu qu'il ne retrouvera pas d'emploi et préoccupé par l'avenir des siens, il décide de créer un restaurant avec l'appui de sa famille et de ses amis.
Ce qui caractérise le film : Un réalisme ébouriffant source d'une empathie quasi miraculeuse.
Note artistique : La narration, parfaitement maîtrisée, fait la part belle aux dialogues et la caméra en profite pour cadrer longuement les visages, saisissant à merveille les expressions et les émotions.
Note filmographique : Lauréat du prix Louis Delluc et du prix du jury à la Mostra de Venise, "La graine et le mulet" est plébiscité par une critique enthousiaste… à juste titre.
Points forts : "La graine et le mulet" (le titre fait référence à la recette du couscous au poisson qui constitue le plat central du restaurant) est en premier lieu un film sur la solidarité, laquelle s'exprime avec justesse et bonne humeur mais sans angélisme dans un contexte social difficile : solidarité familiale autour des tensions et des difficultés du quotidien, solidarité communautaire autour d'un projet de restaurant, solidarité matérielle et affective envers les plus pauvres. Dans une moindre mesure et sans jamais tomber dans l'excès ou la caricature, le cinéaste évoque également les préjugés et le déficit de crédibilité économique qui peuvent frapper un entrepreneur d'origine modeste qui n'est ni jeune, ni diplômé, ni cultivé, ni français de souche. Sous l'effet d'une direction d'acteurs hors pair, les comédiens donnent le meilleur d'eux-mêmes et l'interprétation (en particulier féminine) est tout simplement hallucinante de vérité, si bien que l'empathie pour les personnages est immédiate et profonde. Les situations et les dialogues (là encore un régal de justesse !) plongent ainsi le spectateur dans une réalité plus que saisissante, donnant souvent l'impression d'assister et de participer aux événements, et cette immersion rend particulièrement prégnante la tension dramatique et le suspense qui sous-tendent la longue, magnifique et éprouvante séquence finale (l'inauguration officieuse du restaurant). "La graine et le mulet" est plus qu'une bonne surprise : c'est du beau et grand cinéma.
Points faibles : Aucun.
Note subjective : 9 / 10
