29 septembre 2007
La question humaine
Réalisateur : Nicolas Klotz
Genre : Drame social, politique, psychologique et philosophique
Résumé : Un psychologue, cadre dans une grande entreprise de chimie, se voit chargé d’établir un rapport sur le comportement étrange de son supérieur. A mesure qu’il s’implique dans l’enquête, il prend conscience du rôle qu’il a joué dans l’histoire récente et douloureuse de l’entreprise et commence à perdre pied en même temps que s’estompent ses certitudes.
Ce qui caractérise le film : Inoubliable et bouleversant. Le parcours d’un homme qui redécouvre peu à peu son humanité après l’avoir perdue dans les mensonges hypnotiques d’un système et d’un langage technocratique.
Note artistique : Sans user d’aucun artifice technique, la mise en scène n’en est pas moins élaborée, servant remarquablement le propos du film. Le monde de l’entreprise, et plus particulièrement le microcosme de l’encadrement branché, est mis en images d’une manière qui semble irréelle, comme pour en souligner l’artifice et la vanité. La caméra prend son temps et privilégie les longues séquences, contribuant à installer une ambiance fascinante. La narration est émaillée de plans fixes chargés de symboles (les cheminées fumantes…), et la scène finale, d’une simplicité et d’une efficacité renversantes, vient conclure "La question humaine" en apothéose : un écran noir, un long monologue avec juste quelques mots s’affichant en sous-titres, pour redonner aux mots leur véritable sens. La bande originale est agréable et a le bon goût de rester discrète.
Note filmographique : Nicolas Klotz a réalisé un film d’exception, ambitieux et audacieux dans la forme et dans le fond. "La question humaine" fait figure d’ovni dans un cinéma français qui tourne en rond depuis des années, à l’exception de quelques perles, hélas bien trop rares. D’une certaine manière, il évoque "Le couperet" de Costa-Gavras que j’avais déjà beaucoup aimé, même si le ton des deux films est très différent. Dans la presse, le film fait l’objet d’une certaine polémique et les avis sont très partagés, mais j’ai choisi mon camp sans hésitation.
Points forts : "La question humaine" tire la sonnette d’alarme sur la déshumanisation de la société, dénonçant les pratiques sociales des entreprises capitalistes, et évoquant en pointillé la question très actuelle de la traque aux immigrés clandestins. Contrairement à une partie de la critique, la mise en perspective de la gestion ultra libérale des ressources humaines avec l’horreur de la Shoah ne m’a pas mis mal à l’aise. Bien au contraire, je pense que la comparaison est amenée avec finesse et qu’elle sert le devoir de mémoire en appelant à la vigilance (supporter le moindre mal, c’est presque toujours ouvrir la porte au pire). Mais l’intérêt du film ne se résume pas seulement à cette démonstration idéologique ou philosophique et ce sont surtout la réalité ou l’évocation des souffrances humaines présentes ou passées qui bouleversent au travers d’un texte et de dialogues particulièrement percutants. L’interprétation est en tout point remarquable et Mathieu Amalric confirme tout le bien que je pensais déjà de lui. L’ambiance est hypnotique et je n’ai ressenti aucune longueur en dépit d’un rythme posé et d’une durée conséquente. "La question humaine" risque bien de me rester longtemps à l’esprit et c’est un signe qui ne trompe pas.
Points faibles : "La question humaine" défend un point de vue et s’en donne les moyens, ce que déplorent certains critiques. Mais le cinéma n’est-il pas manipulateur par essence ? Personnellement, la démonstration me dérange beaucoup moins quand elle a pour objet d’éveiller les consciences, comme c’est le cas ici, plutôt que de les détourner ou de les endormir.
Note subjective : 10 / 10
Commentaires
Là par contre... nos avis sont aux antipodes. "La question humaine" est d'une sidérante prétention, et ce n'est pas tant un certain point de vue qu'une incapacité totale à le démontrer qui m'a déconcerté. Seul rescapé de ce naufrage sans nom : l'impeccable Michael Lonsdale, lequel est le seul à offrir une réelle densité à son personnage.
Th.
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