29 juillet 2008
Eden Log
(France, sorti en 2007)
Réalisateur : Franck Vestiel
Genre : Science-fiction
Résumé : Un homme reprend connaissance dans la boue et l'obscurité de ce qui semble être une installation industrielle en sous-sol. Frappé d'amnésie, il cherche à regagner la surface, traversant des lieux étranges, délabrés et chaotiques où rodent des présences inquiétantes.
Impressions : "Eden Log" est une excellente surprise. Rarement le cinéma français de genre n'a fait preuve d'une telle ambition artistique et narrative tout en réussissant le pari du spectacle et de la cohérence. Le pitch de départ pouvait laisser craindre une œuvre habile mais creuse, puisant simplement ses ressorts dans des films comme "Cube" de Vincenzo Natali ou "Saw" de James Wan. Il n'en est rien et "Eden Log" s'avère être une expérience véritablement originale, immersive, avec une forte personnalité qui la rend unique.
Scénario : Le scénario est ambitieux. Il reste néanmoins assez obscur et c'est sans doute là le seul reproche que l'on peut adresser à "Eden Log".
Interprétation : L'interprétation très physique de Clovis Cornillac est excellente et apporte beaucoup de crédibilité au film.
Considérations artistiques : Le film ayant bénéficié de très peu de moyens, les décors sont sobres voire minimalistes. L'une des grandes forces du film réside dans l'exploitation déstabilisante de ces décors qui s'avèrent réalistes et cohérents mais offrent peu de points de repère spatiaux ou fonctionnels, sans jamais tomber dans le gratuit ou le n'importe quoi.
Mise en scène : La mise en scène est variée, imaginative et fait preuve de qualités techniques remarquables, contribuant à entretenir l'immersion et l'intérêt jusqu'au terme du film.
Références cinématographiques : Après quelques tentatives louables mais en demi-teinte comme "Renaissance" de Christian Volckman ou "Chrysalis" de Julien Leclercq, le cinéma français livre avec "Eden Log" ce qui est probablement le meilleur film de SF hexagonal depuis "Le dernier combat" de Luc Besson.
Note subjective : 8 / 10
30 juin 2008
La planète bleue
(Etats-Unis, sorti en 2004)
Réalisateur : Alastair Fothergill, Andy Byatt
Genre : Documentaire
Impressions : Servi par des images d'une beauté époustouflante, confinant parfois à la magie, "La planète bleue" est la confirmation flagrante que l'inventivité de la nature est sans limite, dépassant de loin la créativité humaine. On a rarement vu de plus belles images, que ce soit sur petit ou grand écran.
Considérations artistiques : Même si cela ne nuit nullement au spectacle, on peut regretter que la musique "hollywoodienne" soit parfois un peu trop présente.
Mise en scène : Le réalisateur a pris le parti de laisser parler les images avec une scénarisation et un commentaire réduits au minimum. La qualité artistique des cadrages est particulièrement étonnante, à ce point que l'on en oublie complètement le défi technique qu'ils représentent.
Références cinématographiques : Par son approche, "La planète bleue" s'inscrit à mi-chemin entre "Microcosmos" de Claude Nuridsany et Marie Pérennou et "La marche de l'empereur" de Luc Jacquet. Certaines images font penser à "Abyss" de James Cameron, même si la réalité surpasse allègrement la fiction.
Note subjective : 8 / 10
23 juin 2008
PTU - Police Tactical Unit
(Hong-Kong, sorti en 2005)
Réalisateur : Johnnie To
Genre : Policier
Résumé : Alors qu'il sort d'un restaurant, un policier de Hong-Kong se fait agresser et dérober son arme de service par une bande de voyous. Peu après dans la même soirée, le chef de la bande est assassiné. La rumeur court bientôt que son père, un chef de triade, est décidé à trouver le coupable et à l'abattre. Toute la nuit, les patrouilles de la police urbaine se retrouvent alors sur le qui-vive.
Impressions : "PTU" est un film singulier et envoûtant, caractérisé par un rythme lent, une ambiance nocturne originale et quelques touches d'humour discrètes. Véritablement poétique par instant, c'est l'un des films policiers les plus enthousiasmants qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années.
Scénario : L'histoire prend place dans les rues vides de Hong-Kong le temps d'une nuit. Le scénario, d'une grande précision, distille un suspense diffus sur fond de règlement de compte mafieux, de violences policières et de guerre des polices, avec en conclusion un rebondissement inattendu.
Considérations artistiques : Le travail sur la lumière est très soigné, avec une variété d'effets d'une scène à l'autre.
Mise en scène : La mise en scène, très stylisée mais d'une très grande fluidité, témoigne d'un à-propos et d'un talent rares. Chaque plan a été travaillé dans ses moindres détails et la qualité des cadrages est tout simplement exceptionnelle, voire parfois sublime (je n'exagère pas). Le résultat est d'autant plus remarquable que les conditions de tournage ont été elles-mêmes très singulières (les rues de Hong-Kong n'étant que rarement désertes, même la nuit, le tournage a duré près de trois ans par intermittence).
Références cinématographiques : Plus proche de l'univers de Kitano que de celui de John Woo, "PTU" est à ranger parmi les meilleures réalisations de Johnnie To au même titre que "Election 2" et "Exilés". Autre article concernant le même cinéaste : "Election 1".
Note subjective : 8 / 10
19 mai 2008
Alien, la résurrection
(Etats-Unis, sorti en 1997)
Réalisateur : Jean-Pierre Jeunet
Genre : Science fiction
Résumé : Deux siècles ont passé. Un laboratoire militaire spatial est parvenu à ressusciter l'alien par clonage et manipulation génétique. Les scientifiques se livrent alors à une série d'expériences sur les différents spécimens de créatures ainsi obtenus mais ceux-ci se montrent rétifs au dressage et allergiques à la détention. Quand ils parviennent à s'évader, la panique et la mort commencent à se répandre à bord du vaisseau.
Impressions : Après la disparition de la principale protagoniste dans le 3ème volet, il était périlleux de se lancer dans un quatrième épisode. "Alien, la résurrection" est pourtant une vraie réussite qui parvient à donner un nouveau souffle à l'héroïne tout en respectant les acquis de la mythologie. Réservant quelques moments émotionnellement très forts, c'est aussi le film le plus engagé de la série, dénonçant très clairement et de manière percutante les dangers de la science sans conscience.
Scénario : L'histoire se déroule de manière linéaire, rythmée par d'excellentes séquences comme l'évasion des aliens, la découverte du labo de génétique et de ses monstres, ou la traversée de la cuisine sous les eaux. La fin, tout à la fois grand-guignolesque, terrifiante et poignante est une véritable avalanche d’émotions.
Personnages : Le renouveau du personnage de Ripley, ressuscité par clonage et manipulation génétique, est très intéressant.
Considérations artistiques : Le film offre une vision fantastique saisissante, digne de l'univers graphique de HR Giger (le designer de la créature), lorsque Ripley tombe et disparaît dans une "soupe" d’aliens. La bande originale est excellente, une fois encore.
Mise en scène : La mise en scène et la direction d'acteurs pêchent parfois par excès sur certains détails qui peuvent sembler irréalistes voire incongrus (Mais peut-on en vouloir à Jean-Pierre Jeunet d'imprimer sa patte au film ?). Nonobstant, "Alien, la résurrection" offre indiscutablement les meilleurs dialogues et répliques de l'ensemble de la série.
Références cinématographiques : Faisant suite à "Alien" de Ridley Scott, "Aliens" de James Cameron et "Alien 3" de David Fincher, ce 4ème volet conclut en beauté une tétralogie exceptionnelle à plus d'un titre, chaque cinéaste ayant su innover et affirmer son propre style tout en construisant l'une des mythologies les plus marquantes de l'histoire du cinéma qui a valu au mot "alien" d'être passé dans le langage courant.
Note subjective : 8 / 10
21 avril 2008
Christine
(Etats-Unis, sorti en 1984)
Réalisateur : John Carpenter
Genre : Fantastique
Résumé : Un lycéen effacé en mal de reconnaissance fait l'acquisition d'une vieille Plymouth Fury de 1958 à l'état d'épave. A force de courage et de volonté , il parvient à lui redonner son lustre d'antan et bientôt une étrange complicité s'installe entre l'homme et la voiture qui semble animée d'une vie propre.
Impressions : Un excellent film fantastique à l'ambiance très inquiétante. Certaines visions (comme Christine roulant en flammes dans la nuit) donnent véritablement le frisson.
Scénario : Le sujet est original et le cinéaste a su l'exploiter à merveille.
Personnages : La caméra de John Carpenter est parvenue à donner une âme à un objet qui en est normalement dépourvu : sous son regard, Christine devient une séductrice exclusive, jalouse et vindicative.
Considérations artistiques : Les effets spéciaux accompagnant les transformations de Christine sont toujours convaincants en dépit des années. Comme souvent, John Carpenter signe lui-même une bande originale qui s'inscrit parfaitement dans l'ambiance.
Mise en scène : Evitant les effets gore, John Carpenter s’est attaché avant tout à soigner l’atmosphère du film.
Références cinématographiques : "Christine" est souvent considéré comme l'un des films les moins personnels de John Carpenter. Il reste néanmoins l'un des meilleurs. Autre article concernant le même cinéaste : "New-York 1997".
Note subjective : 8 / 10
24 mars 2008
Le jour d'après
(Etats-Unis, sorti en 2004)
Réalisateur : Roland Emmerich
Genre : Film catastrophe
Résumé : Alors que le monde est frappé par une succession de catastrophes climatiques sans précédent, un chercheur en climatologie découvre qu'il s'agit de signes annonciateurs d'un bouleversement climatique majeur marquant le début d'une nouvelle ère glaciaire dans l'hémisphère nord. Malheureusement quand les autorités prennent enfin conscience de la gravité et de l'ampleur des changements il est déjà trop tard.
Impressions : "Le jour d'après" est une fable écologiste grandiose qui donne froid dans le dos. Le film met habilement en perspective le cataclysme à l'échelle planétaire et la dimension humaine du drame, passant par exemple d'une vue satellite globale à l'aventure des naufragés du climat tâchant de survivre dans un environnement hostile et transfiguré par la tourmente. Néanmoins, l'approche du sujet reste superficielle et l'on se situe clairement dans le domaine du film à grand spectacle peu regardant sur la vraisemblance scientifique des faits.
Considérations artistiques : Les effets spéciaux sont incroyablement réalistes et les séquences catastrophiques rendent compte de manière impressionnante de la puissance inexorable et destructrice des éléments.
Mise en scène : La mise en scène et le montage, à défaut d'être audacieux, sont plutôt efficaces.
Références cinématographiques : "Le jour d'après" est probablement le film le plus abouti du réalisateur, par ailleurs auteur du plaisant "Godzilla" du moyen "Stargate" et du médiocre "Independance day".
Note subjective : 8 / 10
29 février 2008
Bienvenue chez les ch'tis
(France, sorti en 2008)
Réalisateur : Dany Boon
Genre : Comédie
Résumé : Sous le coup d’une sanction disciplinaire, un cadre de La Poste en fonction à Salon de Provence est muté à Bergues dans le département du Nord, objet des fantasmes météorologiques, sociaux et linguistiques les plus cauchemardesques, lesquels se dissiperont dans la bonne humeur au contact accueillant, joyeux et chaleureux des indigènes.
Impressions : L’humour de Dany Boon ne verse jamais dans la vulgarité ou le cynisme et l’on rit beaucoup et franchement (ce qui n’est pas souvent le cas avec les comédies hexagonales), certaines séquences versant dans le burlesque le plus jubilatoire. Le cinéaste tourne en dérision les clichés et les préjugés mais ne cède pas pour autant à un chauvinisme exacerbé, démystifiant avec humour les spécificités et travers régionaux.
Scénario : Contrairement à ce que l’on pouvait craindre, la comédie ne connaît pas de baisse de rythme et renouvelle ses ressorts comiques jusqu’à son terme. Les ficelles de la comédie ne sont pas toutes originales et toutes ne font pas mouche mais ne boudons pas notre plaisir…
Interprétation : Les acteurs sont épatants pour la plupart, y compris les seconds rôles et les figurants.
Références cinématographiques : Avec "Bienvenue chez les ch’tis", Dany Boon signe une vraie comédie de cinéma, contrairement à ce qui se passe souvent quand un humoriste de la scène ou de la télévision essaye de retranscrire son univers sur grand écran.
Note subjective : 8 / 10
28 janvier 2008
New York 1997
Réalisateur : John Carpenter
Genre : Anticipation
Résumé : A la suite d'un acte terroriste, l'avion du président des Etats-Unis s'écrase sur l'île de Manhattan, reconvertie en une vaste zone pénitentiaire de non droit où sont assignés perpétuellement à résidence des milliers de délinquants. Voulant agir efficacement et rapidement, les autorités passent un marché avec un ancien soldat d'élite devenu criminel qui sera blanchi s'il parvient à extraire le président de la cité.
Ce qui caractérise le film : Une ambiance sombre et cyberpunk très marquée, opposant une société sécuritaire et technocratique à ses bas-fonds régressifs et violents.
Note artistique : La mise en scène de John Carpenter est empreinte de patience et de tension froide. Les effets spéciaux et les décors (la vision de Manhattan ceinte d'un mur de béton de plusieurs mètres de haut...), sobres et réalistes, tiennent encore bien la route. La plupart des scènes se passent de nuit, appuyant le climat sombre du film.
Note filmographique : Remarquable synthèse de nombreux genres cinématographiques (action musclée, violence urbaine, anarchie post-apocalyptique, totalitarisme cyberpunk, et même film de zombies) dont il s’inscrit en précurseur du renouveau à l’aube des années 80, "New York 1997" est l’un des meilleurs films de Carpenter et sans conteste le plus culte d'entre eux.
Points forts : Le point fort de "New York 1997" réside très certainement dans son ambiance froide et pessimiste, renforcée par l'absence d'opposition manichéenne. Les personnages principaux ou secondaires, souvent très typés (ils auraient leur place dans un western spaghetti), ont tous un côté obscur et agissent essentiellement selon leurs propres intérêts ou leurs instincts les plus primaires. Aucun n'incarne un idéal ou l'espoir de lendemains meilleurs. L'impression d'insécurité et de danger est omniprésente et délicieusement inconfortable.
Points faibles : Même si on le lui pardonnera, il n'en est pas moins vrai que John Carpenter s'est laissé aller à quelques facilités comme le taxi providentiel, le revolver à 30 coups (au minimum...), ou le scénario d'évasion peu crédible.
Note subjective : 8 / 10
07 janvier 2008
Le renard et l'enfant
Réalisateur : Luc Jacquet
Genre : Conte philosophique
Résumé : En promenade, une petite fille fait la rencontre impromptue d'une renarde. Séduite par ce premier contact, elle décide de revenir chaque jour au même endroit en espérant revoir et apprivoiser l'animal.
Ce qui caractérise le film : Un joli conte servi par des images d'une beauté renversante, à recommander aux petits mais aussi (et sans aucune réserve) aux grands.
Note artistique : "Le renard et l'enfant" n'est pas un documentaire scénarisé. C'est plutôt une fiction qui utilise les techniques du documentaire animalier. Le pays dans lequel s'inscrit cette histoire est parfaitement crédible mais néanmoins imaginaire puisque construit à partir de séquences tournées dans des lieux parfois très différents. L'esthétique du film est remarquablement soignée dans ses moindres détails.
Note filmographique : Par sa forme hybride, "Le renard et l'enfant" se situe quelque part entre "La marche de l'empereur" du même cinéaste et "L'ours" de Jean-Jacques Annaud.
Points forts : Pour qui n'a pas perdu son âme d'enfant et sa capacité d'émerveillement, "Le renard et l'enfant" est un conte limpide, sans mièvrerie et visuellement magnifique. Dans chaque plan d'un paysage, d'un arbre, d'un cours d'eau ou d'un animal, la caméra de Luc Jacquet trouve une occasion de célébrer la beauté de la nature et de la vie jusqu'à parfois la sublimer, se permettant même une incursion dans le fantastique à l'occasion d'un envoûtant tableau nocturne à l'esthétique superbe, digne des plus beaux contes de fées. La jeune actrice qui joue la petite fille est lumineuse et expressive.
Points faibles : Aucun.
Note subjective : 8 / 10
17 décembre 2007
Lettres d'Iwo Jima
Réalisateur : Clint Eastwood
Genre : Film de guerre
Résumé : Février 1945. Ayant subit de sérieux revers, la flotte japonaise n'est plus en mesure de stopper l'avance américaine dans le Pacifique. La résistance nippone s'organise sur la petite île d'Iwo Jima qui constitue désormais une étape stratégique sur la route qui sépare l'armée américaine du Japon. La bataille qui s'annonce est inégale et sans issue, les troupes japonaises ne pouvant compter sur aucun renfort.
Ce qui caractérise le film : "Lettres d'Iwo Jima" est un magnifique film de guerre qui s'attache davantage à rendre compte des comportements humains parfois contradictoires qu'à glorifier les exploits guerriers.
Note artistique : Sous l'influence de ses deux scénaristes, le film tient à la fois du cinéma japonais et du cinéma américain dans la forme comme dans l'esprit. La mise en scène "à l'ancienne" est réaliste et patiente, spectaculaire mais sans emphase. La photographie, aux couleurs ternes à la limite du noir et blanc, est vraiment superbe.
Note filmographique : "Lettres d'Iwo Jima" m'a davantage séduit que "Mémoires de nos pères" également signé par Clint Eastwood (les deux films racontent le même épisode de la seconde guerre mondiale vu par chacun des camps). Plus sobre et recentré sur son sujet, il en reprend les qualités sans les longueurs ni les défauts. C'est au final l'un des meilleurs films du cinéaste qui a toutes les qualités pour devenir un classique.
Points forts : Au travers des choix et destins des différents protagonistes, le film brosse sans manichéisme le portrait d'un Japon qui cherche sa voie entre tradition et modernisme, conjuguant, avec un formidable talent, le sens de l'honneur selon deux temps différents : le code d'honneur d'une part et la conviction humaniste d'autre part. L'interprétation est lumineuse, digne des grands classiques du cinéma japonais.
Points faibles : Comme l'on pouvait le craindre de la part de Paul Haggis (l'un des deux scénaristes), l'aspect mélodramatique de certaines scènes est parfois un peu trop appuyé.
Note subjective : 8 / 10
